Le changement climatique n’est plus une menace lointaine : ses effets économiques se mesurent déjà dans les bilans des entreprises, les primes d’assurance et les finances des collectivités territoriales. Dans une tribune publiée en novembre 2025 à l’occasion de la COP30 de Belém, Agnès Bénassy-Quéré, Seconde sous-gouverneure de la Banque de France, dresse un constat sans appel : le coût de l’inaction climatique dépasse largement celui de la transition écologique.
Pour les dirigeants de TPE et PME, comprendre ces impacts financiers devient essentiel pour anticiper les évolutions réglementaires, optimiser leur stratégie d’assurance et sécuriser la pérennité de leur activité.
La France déjà touchée par l’impact financier du réchauffement climatique
L’Europe chauffe plus vite que d’autres régions du monde. Selon Météo-France, la France a déjà atteint +1,9 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Cette hausse des températures moyennes s’accompagne d’une multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes : canicules, sécheresses, inondations et tempêtes frappent désormais régulièrement le territoire, détruisant du capital public, privé et naturel.
Les tempêtes et inondations constituent les premières causes historiques de pertes économiques directes en France. La tempête Xynthia, en 2010, avait coûté 1,5 milliard d’euros aux assureurs et généré un total de dommages directs estimé à 2,5 milliards d’euros, soit 0,13 % du PIB de l’époque.
Plus récemment, les indemnisations liées aux inondations versées par la Caisse Centrale de Réassurance (CCR) ont augmenté de 23 % en dix ans. Le phénomène de retrait-gonflement des argiles (RGA) illustre cette accélération : le coût moyen annuel est passé d’environ 400 millions d’euros sur la période 1995-2015 à plus d’un milliard d’euros par an entre 2018 et 2022. La sécheresse exceptionnelle de 2022 a généré à elle seule plus de 3,5 milliards d’euros de dommages toutes causes confondues.
L’explosion des primes d’assurance : un coût direct pour les entreprises
Le système de réassurance français, financé par des surprimes obligatoires sur les contrats d’assurance dommages, répercute directement les coûts climatiques sur les assurés. Au 1er janvier 2025, ces surprimes sont passées de 12 % à 20 % pour les habitations et les bâtiments professionnels.
Les chiffres de France Assureurs témoignent de cette tendance lourde : les cotisations d’assurance de dommages aux biens des professionnels (hors agriculture) atteignent 9,4 milliards d’euros en 2024, en hausse de 8,1 % après +10,9 % en 2023. Sur ce montant, environ 900 millions d’euros correspondent aux surprimes « catastrophe naturelle ». La hausse de la surprime en 2025 devrait rehausser les tarifs d’environ 7 %.
Le secteur agricole subit une pression encore plus forte : les cotisations d’assurance de dommages aux biens agricoles ont bondi de 15,8 % en 2023 pour atteindre 1,8 milliard d’euros, portées par des cotisations spécifiques aux risques climatiques en hausse de 31,1 %, soit 856 millions d’euros.
Les collectivités territoriales ne sont pas épargnées : un nombre croissant d’entre elles font face à des hausses tarifaires significatives, comme le souligne l’Association des Maires de France.
Au-delà des dommages directs : l’impact économique sur l’activité des entreprises
Les coûts du changement climatique ne se limitent pas aux dommages physiques. Les chercheurs Usman, González-Torres Fernández et Parker ont estimé l’impact des vagues de chaleur, sécheresses et inondations sur l’activité économique au niveau des régions européennes sur la période 1995-2022. Leurs travaux révèlent un effet récessif marqué, notamment pour les sécheresses et les inondations.
L’application de ces estimations aux événements météorologiques extrêmes de l’été 2025 en Europe montre une baisse de valeur ajoutée pouvant atteindre -1,4 % dans les départements de l’ancienne région Languedoc-Roussillon. Ces effets peuvent se prolonger dans le temps, que ce soit à travers la perte de journées de travail, la dégradation des écosystèmes ou le recul de l’activité touristique lorsqu’une forêt est détruite par une tempête.
À l’échelle européenne, l’Agence européenne pour l’environnement chiffre les pertes économiques directes liées aux catastrophes climatiques à 40 milliards d’euros en 2024, soit environ 0,2 % du PIB de l’Union européenne.
Anticiper pour protéger votre entreprise
Face à cette réalité, les dirigeants d’entreprise ont tout intérêt à intégrer le risque climatique dans leur stratégie. Cette anticipation passe par plusieurs axes : l’évaluation de l’exposition aux risques physiques selon la localisation et l’activité de l’entreprise, l’optimisation des contrats d’assurance en fonction des nouveaux tarifs, et l’identification des opportunités liées à la transition écologique.
La réalisation d’un bilan carbone constitue une première étape pour objectiver son empreinte environnementale et identifier les axes d’amélioration. Pour les PME souhaitant valoriser leur démarche RSE sans subir la lourdeur de la CSRD, le rapport VSME offre un cadre structuré et reconnu.
Comme le rappelle le Réseau international des banques centrales et agences de supervision (NGFS), si la lutte contre le réchauffement climatique a un coût, celui-ci reste largement inférieur aux dommages économiques et financiers induits par l’inaction. Pour les entreprises, cette équation se traduit concrètement : anticiper la transition représente un investissement bien plus rentable que subir les conséquences d’un climat de plus en plus instable.
Ce qu’il faut retenir
L’impact financier du réchauffement climatique sur les entreprises françaises n’est plus une hypothèse de long terme : il se matérialise déjà à travers la hausse des primes d’assurance, l’augmentation des sinistres et la pression sur l’activité économique. Les données de la Banque de France confirment que cette tendance va s’accentuer dans les années à venir.
Pour les dirigeants de TPE et PME, intégrer ces risques dans leur pilotage financier devient une nécessité stratégique. L’accompagnement d’un expert-comptable permet d’évaluer ces impacts sur les comptes de l’entreprise et d’identifier les leviers d’adaptation.
Chez Ex&Co, nous accompagnons les dirigeants de TPE et PME dans l’analyse de leurs risques financiers et l’anticipation des évolutions réglementaires. Contactez-nous pour en discuter.