La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (loi n° 2025-1403) réforme en profondeur le dispositif du cumul emploi-retraite. À compter du 1er janvier 2027, les règles applicables aux assurés qui souhaitent poursuivre ou reprendre une activité professionnelle tout en percevant leur pension changent radicalement. Un nouveau système articulé autour de trois bornes d’âge remplace le cadre actuel. Pour les dirigeants, indépendants et professions libérales, anticiper ces évolutions est indispensable avant toute décision de départ ou de reprise d’activité.
Ce que la LFSS 2026 modifie en profondeur
Jusqu’à présent, le cumul emploi-retraite pouvait être total ou partiel selon que l’assuré remplissait ou non les conditions du dispositif dit « libéralisé » : avoir liquidé toutes ses pensions et bénéficier d’une retraite à taux plein. En dehors de ces conditions, un cumul partiel restait possible, encadré par des plafonds de revenus différents selon les régimes de base et complémentaires.
La LFSS 2026 restructure entièrement ce cadre. Le principe clé du nouveau dispositif est simple : plus vous cumulez tôt, plus votre pension est réduite. Les règles d’écrêtement deviennent communes à l’ensemble des régimes de base et complémentaires, y compris pour les travailleurs indépendants et les professions libérales.
La réforme s’applique aux assurés entrant en jouissance de leur première pension de vieillesse de base à compter du 1er janvier 2027. Les assurés déjà en cumul avant cette date ne sont pas concernés.
Les 3 bornes d’âge à connaître absolument
Le nouveau dispositif s’organise autour de trois tranches d’âge aux conséquences très différentes.
Avant l’âge légal de départ en retraite
Pour les assurés partant de manière anticipée, notamment au titre des carrières longues, le cumul est quasi impossible. La pension est réduite euro pour euro du montant des revenus professionnels et de remplacement perçus, dès le premier euro. L’objectif affiché est d’orienter ces assurés vers le dispositif de retraite progressive, accessible dès 60 ans, plutôt que vers le cumul emploi-retraite.
De l’âge légal (64 ans à terme) à moins de 67 ans
Un seuil de revenus annuels est fixé, qui devrait être d’environ 7 000 euros selon l’étude d’impact du projet de loi de financement de la sécurité sociale (ce montant reste à confirmer par décret). En dessous de ce seuil, aucune réduction de pension n’est appliquée. Au-delà, la pension est réduite de 50 % du dépassement. Concrètement, un assuré percevant 10 000 euros de revenus annuels verrait sa pension réduite de 1 500 euros. À noter : le cumul sera possible sans délai de carence, même chez le même employeur.
À partir de 67 ans
Le cumul devient total et libéralisé. L’assuré peut percevoir l’intégralité de sa pension tout en exerçant une activité professionnelle. Il peut également acquérir des droits à une seconde pension au titre de cette activité, sans plafonnement et sans délai d’attente pour reprendre une activité chez son dernier employeur.
Point d’attention spécifique : les mandataires sociaux
La pension peut être suspendue en cas de reprise d’activité en tant que dirigeant assimilé salarié, quel que soit l’âge de l’assuré. Un décret précisera les modalités. Ce point concerne directement les gérants, présidents de SAS et autres dirigeants qui envisagent de poursuivre leur mandat après la liquidation de leur retraite.
À quel âge pouvez-vous partir ? Ce que dit votre année de naissance
L’âge légal de départ en retraite, point de départ des nouvelles règles, varie selon la date de naissance de l’assuré. La réforme des retraites de 2023 est par ailleurs suspendue pour les pensions prenant effet à partir du 1er septembre 2026, et ce jusqu’au 1er janvier 2028. Les personnes nées avant le 1er septembre 1961 ne sont concernées par aucun changement. En revanche, les assurés nés entre 1964 et 1968 bénéficient concrètement de 1 à 2 trimestres supplémentaires grâce à cette suspension.
Âge d’ouverture des droits avec suspension de la réforme de 2023 (pensions prenant effet à partir du 01/09/2026, jusqu’au 01/01/2028)
| Date de naissance de l’assuré | Âge d’ouverture des droits |
| du 01/01/1955 au 31/08/1961 | 62 ans |
| du 01/09/1961 au 31/12/1961 | 62 ans et 3 mois |
| 1962 | 62 ans et 6 mois |
| 1963 | 62 ans et 9 mois |
| 1964 | 62 ans et 9 mois |
| du 01/01 au 31/03/1965 | 62 ans et 9 mois |
| du 01/04 au 31/12/1965 | 63 ans |
| 1966 | 63 ans et 3 mois |
| 1967 | 63 ans et 6 mois |
| 1968 | 63 ans et 9 mois |
| 1969 et après | 64 ans |
Mais l’âge légal seul ne suffit pas. Le taux plein n’est acquis qu’une fois tous les trimestres validés. Ce nombre varie lui aussi selon la date de naissance.
Durée d’assurance requise (en nombre de trimestres) avec suspension de la réforme de 2023
| Date de naissance de l’assuré | Trimestres requis |
| du 01/01/1958 au 31/12/1960 | 167 |
| du 01/01/1961 au 31/08/1961 | 168 |
| du 01/09/1961 au 31/12/1962 | 169 |
| 1963 | 170 |
| 1964 | 170 |
| du 01/01/1965 au 31/03/1965 | 170 |
| du 01/04/1965 au 31/12/1965 | 171 |
| 1966 et après | 172 |
Source : Professions libérales, Le Mag, mars 2026
Ne planifiez jamais votre départ à la retraite sur la seule base de votre âge sans avoir vérifié votre relevé de carrière.
La condition de subsidiarité, souvent oubliée
Quelle que soit la borne d’âge concernée, une condition s’impose désormais à tous les assurés souhaitant cumuler emploi et retraite : avoir liquidé l’ensemble de ses pensions de retraite personnelles, y compris les complémentaires et les pensions étrangères. C’est ce que l’on appelle la condition de subsidiarité.
Jusqu’à présent, cette condition n’était exigée que pour le cumul emploi-retraite total. À partir de 2027, elle s’applique dans toutes les situations. Si elle n’est pas remplie, le versement de la pension est suspendu.
Les professions libérales doivent être particulièrement vigilantes sur ce point. Certains régimes complémentaires propres à ces professions prévoient un âge d’ouverture des droits supérieur à l’âge légal. Dans ce cas, la pension due par ce régime n’est pas prise en compte pour apprécier la condition de subsidiarité, jusqu’à ce que l’assuré atteigne l’âge auquel il peut la liquider.
Par ailleurs, le délai d’attente de 6 mois actuellement imposé en cas de reprise d’activité chez le dernier employeur dans le cadre du cumul partiel est supprimé à compter de 2027.
Anticipez dès maintenant
La réforme du cumul emploi-retraite entre en vigueur dans moins d’un an. Avant toute décision de départ ou de reprise d’activité, trois réflexes s’imposent : identifier l’ensemble de vos régimes de retraite, y compris les complémentaires ; vérifier votre nombre de trimestres validés ; et simuler l’impact des nouvelles règles sur votre situation personnelle.
Ces évolutions touchent directement les dirigeants de TPE et PME, les travailleurs indépendants, les mandataires sociaux et les professions libérales. Le cabinet Ex&Co vous accompagne dans l’analyse de votre situation et la modélisation de votre stratégie retraite. Contactez-nous pour en discuter.